Objectif: Photographier la Voie lactée avec le Sky-Watcher Star Adventurer 2i


La Voie lactée, photographiée à St-Michel-des-Saints en septembre 2021. Crédit: AG


C’est la première fois que je fais de l’astrophotographie. Je me suis planifié une session sur cinq nuits afin d’avoir le temps d’apprendre la technique et maximiser mes chances d’avoir une bonne météo.

Destination: St-Michel-des-Saints, dans le nord de Lanaudière au Québec.

Dans cet article, je décris comment j’y suis arrivée avec des photos en exemple pour démontrer chaque étape d’apprentissage. J’ai également mis les liens de certains tutoriels que j’ai visionnés.

Que voyons-nous exactement?

Représentation artistique de la Voie lactée et de ses bras. Crédits: NASA/JPL-Caltech/R. Hurt (SSC/Caltech)

Ce qu’on voit est en fait une portion d’un bras de notre galaxie, un mixte de gaz et de poussières. Avec l’application Solar Walk 2, je me suis baladée dans notre système solaire pour visualiser le phénomène. En voici un extrait:

Une balade dans notre galaxie avec Solar Walk 2 pour visualiser ce qu’on voit de la Voie lactée depuis la Terre. Crédit: AG

La préparation à l’astrophotographie

Équipements:

  • Trépied Manfrotto
  • Boîtier Canon 6D Mark II
  • Lentille Sigma 14-24mm F2.8
  • Star Adventurer 2i : monture équatoriale qui permet de suivre la rotation de la Terre pendant la prise de photos à longue exposition. Voir la vidéo YouTube de Peter Zelinka “Basic Overview“.
  • La saison pour voir la Voie lactée au Canada est entre février et septembre. Durant l’été, on la verra à l’horizontale et vers septembre, elle est à la verticale.
  • La phase de la lune est importante. En nouvelle Lune c’est idéal, car elle n’éclaire pas le ciel. J’ai consulté le calendrier lunaire avec l’application The Moon: Calendar Moon Phases. Ma session était du 5 au 9 septembre.
Un calendrier lunaire pour planifier une session d’astrophoto de la Voie lactée idéalement sans la lune. The Moon: Calendar Moon Phases
  • À St-Michel-des-Saints, le taux de pollution lumineuse est relativement bas, comparé à Montréal où on ne voit pas la Voie lactée. Consulter le site LightPollutionMap
Une carte de la pollution lumineuse selon la position géographique. Idéalement, le plus bas possible. LightPollutionMap
  • Vérification régulière de la météo de nuit avec le radar (MétéoMédia).
  • Vérification du pourcentage de couverture de nuages durant les heures de la nuit (TaMétéo). Idéalement en bas de 20%.
Vérifier régulièrement la couverture de nuages durant la nuit (idéal: moins de 20%). TaMétéo
  • Savoir le moment où les objets célestes intéressants passeront dans le ciel en utilisant l’application Night Sky. Configurer une date précise et voir en accéléré le mouvement des objets célestes durant la nuit. Stellarium est aussi très intéressant. Un aperçu:
Visualisation du passage des objets célestes selon la date et l’heure avec Night Sky.

La courbe d’apprentissage est abrupte

Le problème en étudiant la technique durant le jour, dans son salon, c’est qu’on ne voit pas d’étoiles, donc cette étape préliminaire est faite aveuglément, mais est tout de même nécessaire. Ça se corse quand on démarre notre session en pleine noirceur. Le froid, la fatigue et l’environnement nocturne peuvent affecter notre patience. En astrophoto, il faut rester calme et surtout travailler lentement et doucement: briser l’équipement parce qu’on ne voit rien serait bien dommage.

J’ai passé des heures sur YouTube. J’ai bien aimé entre autres Peter Zelinka et AstroExploring. J’ai commencé par monter mon boîtier 6D Mark II avec une lentille 14–24 mm afin de comprendre comment faire l’alignement polaire, sans quoi, les étoiles ressemblent à des virgules sur une photo de plus de 30 secondes. Il faut être très précis.

La nuit, durant une session, si quelque chose n’allait pas, je revenais à l’étape 1, car tout est fragile en faisant une photo de longue exposition. Si le trépied n’est pas à niveau, si l’équipement n’est pas balancé, si l’alignement polaire est désaligné, et un paquet d’autres facteurs: le résultat ne sera pas satisfaisant.

Étape 1: Trépied à niveau, boîtier + lentille 14–24 mm, maximum 25 secondes d’exposition

Tout est manuel: le focus de la lentille et les configurations de la caméra. J’ai mis à off les paramètres automatiques du boîtier pour éviter tous traitements de la caméra qui pourraient la faire bouger ou qu’elle essaie d’améliorer une photo noire. En mode Bulb, j’ai également désactivé la fonctionnalité “mirror lockup” pour bloquer le miroir et ainsi éviter une vibration.

Photo 1: nuit 1 / 5 à minuit. 20 secondes.

Photo 1: nuit 1 / 5 à minuit. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 14mm, ISO 4000 f / 2.8 20 secondes. Avec traitement Lightroom minimal. Crédit: AG

Deuxième photo: f/2.8, ISO 40 000. À un ISO si élevé, ce n’est que pour voir ce que mes yeux ne voient pas et ajuster la composition de mon image. L’émerveillement monte d’un cran: c’est la première fois que je voyais la galaxie Andromède (la petite soucoupe milieu vers la droite sur la photo ci-dessous).

Photo 2: nuit 1 / 5 à minuit. 15 secondes.

Photo 2: nuit 1 / 5 à minuit. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 14mm, ISO 40 000 f / 2.8 15 secondes. Aucun traitement Lightroom. Crédit: AG

Je positionne la lentille pour améliorer la composition et je fais plusieurs tests. La nuit continue de s’installer, les sons de la nature deviennent de plus en plus étranges. J’avais le “vertige inversé”: une impression que les arbres allaient me tomber dessus. Des nuages s’installent aussi par moment. J’ai dû reporter une session à la nuit suivante… la météo change vite. Après chaque test, je vérifie dans mon écran en zoomant dans la photo pour voir la qualité de l’image: est-ce flou? Trop clair? Trop noir? J’ajuste.

Une fois une certaine satisfaction atteinte, toujours à f/2.8, j’ai diminué l’ISO à 800 et réglé l’appareil pour être déclenché à intervalle de 3 secondes et prendre 10 photos. J’ai mis un retardateur de 2 secondes pour éviter que le déclenchement ne fasse pas bouger l’appareil. Chaque matin, je téléchargeais mes photos dans Lightroom et je fusionnais une série de photos pour en créer une seule. Il y a des séries que j’ai prises que je pensais bonnes en regardant dans l’écran de la caméra, mais depuis l’ordinateur, malheureusement non. Il faut faire beaucoup de tests.

Étape 2: Trépied + Star Adventurer 2i + 14–24 mm avec plus de 2 minutes d’exposition

La technique se corse à l’étape de l’alignement polaire (Polar Alignment) avec le Star Adventurer 2i. En plein jour, j’avais fait du repérage pour identifier quelques points de vue où je pourrais installer mon équipement pour que l’étoile Polaire soit dans mon champ de vision.

L’alignement polaire permet au Star Adventurer 2i, un petit moteur, de tourner au rythme de l’objet céleste sélectionné (étoiles, Lune ou Soleil) en fonction de la rotation de la Terre. Sur une longue exposition, la monture équatoriale nous permet d’avoir des étoiles claires et nettes sur nos photos.

Photo 3: nuit 3 / 5 à 2am. 5 minutes

Dans le coin droit en haut, c’est l’axe de rotation. Mon alignement polaire n’était pas bon, donc j’ai des traînées d’étoiles sur une photo de 5 minutes.

Photo 3: nuit 3 / 5 à 2am. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 14mm, ISO 800 f / 2.8 297 secondes (≈5 min). Avec traitement Lightroom.

Pour arriver à faire correctement l’alignement polaire, il faut trouver l’étoile Polaire (Polaris). Une application sur le téléphone aide aussi pour s’orienter, mais il faut la voir de ses yeux pour pouvoir ajuster correctement le Star Adventurer 2i.

Repérer l’étoile Polaire. Crédit: NASA

Les étapes à suivre:

  • Configurer la latitude (St-Michel-des-Saints = 46e parallèle)
  • Ajuster le Star Adventurer 2i pour aligner précisément l’étoile Polaire selon l’année, la date et l’heure. J’utilise l’application SA Console. Le petit point gris est l’endroit exact pour positionner l’étoile Polaire dans le viseur.
SA Console: pour positionner exactement l’étoile Polaire selon l’heure exacte de la session photo (Polar Alignment).

Positionner la lentille vers la Voie lactée et balancer l’équipement sur le Star Adventurer 2i.

J’ai utilisé un câble entre mon boîtier et le Star Adventurer 2i pour que celui-ci déclenche la photo avec le temps d’exposition par défaut (120 secondes environ). J’ai aussi utilisé le mode Bulb avec une minuterie réglée à 5 minutes et un retardateur de 2 secondes. Malheureusement, le mode Wi-Fi ne fonctionnait pas sur le Star Adventurer 2i, car j’aurais pu le contrôler par l’application SA Console. Un intervalomètre est cependant idéal si la fonction n’est pas disponible directement dans le boîtier.

Vérifier l’alignement polaire au moindre mouvement de l’équipement.

Photo 4: nuit 3 / 5 à minuit. 15 secondes.

Mon boîtier a roulé sur le Star Adventurer 2i, car il n’était pas bien fixé.

Photo 4: nuit 3 / 5 à minuit. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 15mm, ISO 10 000 f / 2.8 15 secondes. Avec traitement Lightroom minimum et monochrome. Crédit: AG

Photo 5: nuit 4 / 5 à 11pm. 3 images superposées, total de 260 secondes (≈4 min).

Beaucoup de bruit dans l’image et de pollution lumineuse (lumière de sécurité du garage qui a allumé), passage de nuages et j’aurai dû prendre une photo des arbres en premier plan.

Photo 5: nuit 4 / 5 à 11pm. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 15mm, ISO 2000 f / 2.8 : 3 images superposées total de 260 secondes (≈4 min). Avec traitement Lightroom. Crédit: AG

Photo 6: nuit 4 / 5 à 2.30am. 25 secondes.

Découragée, j’ai décroché de la Voie lactée pour profiter du lac et du ciel étoilé. À noter qu’il était 2.30 du matin. De mon point de vue, il faisait très noir, mais ma caméra a capté des nuances d’orange.

Photo 6: nuit 4 / 5 à 2.30am. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 15mm, ISO 2500 f / 2.8 25 secondes. Avec traitement Lightroom. Crédit: AG

À ma 5e nuit, j’ai réussi mon défi: photographier la Voie lactée sans traînée d’étoiles. Après cette série de photos (seulement de 4), les nuages sont revenus ce qui a mis fin à ma session de cinq nuits d’astrophoto.

Je suis allée consulter des tutoriels sur Lightroom pour faire de la post-production sur la fusion de mes quatre images de la Voie lactée.

Photo 7: nuit 5 / 5 à minuit. 4 images superposées, total de 14 minutes d’exposition.

Photo 7: nuit 5 / 5 à minuit. Canon 6D Mark II, 14–24 mm à 14mm, ISO 500 f / 2.8 : 4 images superposées avec un total de 14 minutes d’exposition. Avec traitement Lightroom. Crédit AG

Gros plan sur Andromède:

Cette galaxie est sensiblement de la même taille que la nôtre et elle est notre voisine. Elle fait aussi partie du Groupe Local, composé d’une quarantaine de galaxies. Selon les mesures cosmiques, Andromède n’est qu’à 2.5 millions d’années-lumière de nous. N’est-ce donc pas fascinant de capter cette chose avec son appareil photo?

Andromède, la galaxie voisine de la Voie lactée. Crédit: AG

Une des photos de la série utilisée pour la photo finale (240 secondes), sans traitement Lightroom:

Une des photos de la série (240 secondes), sans traitement Lightroom. Crédit: AG

Étape 3: Star Adventurer 2i + télescope Evostar 72ED + intervalomètre + une centaine de photos ayant un total d’une heure d’exposition

La prochaine étape: apprendre à travailler avec le télescope Evostar 72ED monté sur mon boîtier. J’ai testé avec une photo, à 1am, nuit 5 sur 5 et je me suis dit que j’avais encore beaucoup à apprendre!

Photo 8: nuit 5 / 5 à 1am. Canon 6D Mark II, télescope Evostar 72ED, ISO 6400 240 secondes. Traitement Lightroom minimal pour rire de soi-même. Crédit AG

Conclusion

En résumé, voici l’endroit où j’ai pris les photos de la Voie lactée:

Crédit: NASA